lundi 5 septembre 2016
lundi 23 mai 2016
Quid de l'oeuf ? Escale en bestiaire inconnu...
Gènes et tiques !!!
lundi 25 avril 2016
Nain de jardin mais géant de coeur !!!
| Reflets d'une tempête sous un crâne, version Pousselisière |
Où est-y le printemps ?
| Comment ça, kitch ? Kitch oui, mais kitch lorraine, et kitch-net !!!
La création, c'est comme le temps. Ciel bleu mais idées courtes. Je n'ai plus qu'à m'en remettre à mon nain Spector made by Pedro pour trouver l'inspiration. Ma pensée du jour serait plutôt :
Rien ne sert de fou-rire, il faut partir au coin (version besoin urgent)
ou plus prosaïquement :
Rien ne sert de soupir, il faut partir chafouin (version ronchon)
J'ai beau frotter mes neurones dans tous les sens, l'étincelle ne vient pas. Alors, plutôt que de me regarder de haut, et c'est un euphémisme, toi le petit bonhomme joufflu, tu ferais bien de me souffler dans les branches. Faut croire que le printemps se fait attendre partout. Sauf pour Pedro qui s'est découvert son oncle d'Amérique et qui se voyait déjà le cul cousu d'or, comprenne qui pourra ! Mais adieu veau, vache, cochon et toute la basse-cour, point de Pedro-dollars en vue, juste quelques pécadilles et trois francs six sous, si saouls qu'à la fin on s'y perd. Foin de tout ça, je préfère te délivrer la suite des aventures de mon Pedro à moi et de ses enquêtes alambiquées...
3e épisode des aventures de Pedro et Loulou :
Rien de tel pour lui faire oublier sa mésaventure que de se plonger
dans l'étude plus approfondie de sa trouvaille. Premier objectif :
arriver à dater plus précisément ces photos et, si possible,
comprendre pourquoi elles présentaient toutes le même défaut. Un
défaut peut-être voulu par le photographe. Mais dans quel but ?
Le côté artistique n'avait rien d'évident mais chaque photo
exerçait une fascination inexplicable sur Pedro. C'était comme si
ces regards, ces visages n'étaient que le reflet des âmes qu'ils
recelaient. Qui étaient-ils ? Pedro en était là dans ses
supputations quand Louise osa s'aventurer dans son atelier. Le ton
acerbe de la matinée avait laissé place à un mélange de curiosité
et d'admiration pour son « aventurier » préféré.
C'est que ces deux-là avaient su bâtir leur destinée commune sur
le balancier des sentiments en oscillation permanente entre
provocations et élans d'affection. Loulou se pencha par-dessus
l'épaule de Pedro :
Pedro tendit à Louise une feuille de papier jaunie pliée en
quatre. L'encre était à moitié effacée par le temps et l'écriture
était fine et régulière. Une lettre adressée à un certain
Robert.
Elle est datée du 30 janvier 1958.
Louise entama la lecture :
Cher
Robert
Je me suis enfin décidée...
Louise reprit :
Je
me suis enfin décidée à t'écrire. Jean nous raconte dans sa
dernière lettre ce qui est arrivé à une de ses
camarades à
Alger. Cette fille était descendue au WC d'un café lorsqu'une bombe
explosa. Elle fut grièvement atteinte à l'estomac et elle a la
figure et les mains terriblement touchées. Il paraît que, lorsqu'on
l'a ramassée elle était méconnaissable. Ça devient inquiétant
ces événements à Alger.
…
à Alger.
Maman continue à avoir mal aux dents. Lysiane va lui faire des
piqûres pour que la gencive repousse (sans doute une nouvelle
découverte!)
Nous allons danser au théâtre en avril. Nous serons 7 dans ce
ballet. J'espère que cela sera une réussite. On t'enverra des
photos. Maman va sûrement en prendre car elle va bientôt avoir un
Leica. Tu penses si elle est contente. Elle me donnera peut-être son
vieil appareil. Ce serait sensas...
Ici,
il a fait mauvais pendant une semaine à peu près mais cela a passé.
L'autre jour, Henri, mon oncle, a été chez le toubib pour ses
mains. Il avait des boutons sur les doigts. Le docteur lui demande :
combien buvez-vous par jour ? Henri répond : 3 litres
environ...
Louise haussa les épaules et reprit sa lecture :
Le
toubib lui a donné des remèdes homéopathiques et lui a dit de ne
boire plus qu'un demi-litre par repas. Cela fait 15 jours et Henri a
maigri de 9 kg. Hier, assis sur son lit, en slip, il regardait ses
jambes et il dit : « On dirait des allumettes » (et
cela sur un ton très sérieux). Thérèse a bien ri, car il pèse
encore 90 kg.
Je t'embrasse. Et toi, Coma quo vai ?
Il
paraît qu'on va démolir l'Aigle d'Argent. Ton copain Philippe Roche
est inquiet pour ses parents qui ne savent pas où ils vont être
relogés. Ça le tracasse beaucoup !
4
Pedro
n'avait opposé aucune résistance quand Louise avait emporté la
pile de photos. Il était resté pensif dans son atelier. Une
expression avait retenu son attention dans la lettre. Il relut à
plusieurs reprises le post-scriptum. Une impression de déjà vu, une
réminiscence, un relent d'un passé très lointain mais qui lui
évoquait des souvenirs troubles. L'Aigle d'Argent. Avait-t-il lu ce
nom quelque part ? Etait-ce le nom d'un héros d'une ancienne BD
dont il aimait lire les aventures ? Comme pour mieux descendre
dans les strates de sa mémoire, il entama un retour aux sources. Ses
années d'enfance à Limoges. La ville où il était né. Où il
avait grandi. Limoges d'après-guerre. Le trolleybus entre la place
Carnot et l'avenue Baudin, la façade imposante des établissements
Legrand sur l'avenue De Lattre-de-Tassigny, symbole d'une époque
annonçant les Trente Glorieuses. Et puis, le revers de la médaille,
les quartiers en quasi décrépitude. Des immeubles délabrés, au
bord de l'insalubrité. Mais bien sûr ! Le regard de Pedro
s'éclaira. L'Aigle d'Argent. C'est le nom que portait un de ces
bâtiments vétustes, près de la mairie.
Pedro essaya de se raisonner et de tempérer le galop de ses
souvenirs. « N'allons pas trop vite en besogne. L'Aigle
d'Argent devait être un nom assez commun. Mais tout de même,
l'époque correspondrait bien. Comment en être sûr ? Les
photos ne donnent que peu d'indices. Surtout que Loulou a mis le
grappin dessus et qu'elle n'est pas prête à les lâcher. Seule
solution : lui faire entamer une recherche sur le Net, cette
hydre diabolique que décidément Pedro a beaucoup de mal à
affronter. Ce n'est pas tant la technique qui le rebute que l'idée
d'intégrer le troupeau des moutons de Panurge suivant le grand
berger de la Toile. Il préférait laisser ce soin à d'autres et
tirer les marrons du feu sans se brûler les doigts. Une tactique qui
lui avait plutôt réussi jusque-là.
Sur son bureau, Louise avait étalé une bonne vingtaine de photos.
Vingt visages aux expressions figées. Avec toujours le même cadre
cerclant le portrait et un arrière-plan flou où l'on distinguait
parfois des éléments plus reconnaissables. Pedro poussa la porte :
Pedro s'était toujours demandé comment elle faisait pour deviner
ses intentions. L'intuition féminine ? Il avait beaucoup de mal
à l'admettre. Mais il devait bien se faire une raison. Et puis,
l'essentiel était qu'il parvienne à ses fins. Alors autant rentrer
dans son jeu.
Ce n'est pas que ça l'amusait. Mais il faut parfois lâcher du lest
pour prendre de la hauteur, se dit Pedro. Va donc pour le jeu des
sept erreurs. Il se pencha sur les photos alignées.
Pedro osa une nouvelle remarque :
En effet, sur l'un des portraits, on apercevait au fond, derrière
le regard figé d'une jeune fille aux cheveux noirs, un étrange
véhicule surmonté d'une banderole publicitaire. Pedro alla chercher
sa grosse loupe pour tenter d'en déchiffrer l'inscription
partiellement cachée par le portrait.
Pedro resta interloqué. Le mot café associé à NITAHI agitait ses
neurones. Mieux valait ne rien laisser paraître plutôt que de
s'engager dans une explication encore un peu vaseuse. Il préféra en
revenir à la vraie raison qui l'avait amené à retrouver Loulou. Il
prit un air dégagé pour exposer sa demande :
Il est vrai que le Pedro, il est le roi de la statistique.
Déformation professionnelle ou obsession des chiffres. Tout chez lui
passe en statistiques. Du nombre d'assiettes ramassées en une année
à la durée de vie d'une bombe de mousse à raser, en passant par le
poids des années accumulées et la taille des illusions.
5
Après
d'âpres palabres, Pedro a réussi a négocier les trois photos
représentant le même visage et la photo sur laquelle il a cru
pouvoir reconnaître le mot NITAHI. A peine avait-il quitté le
bureau de Louise que celle-ci s'installait devant son ordinateur. En
guise d'Aigle d'Argent, le moteur de recherche lui sert un dessin
animé version manga qui ne cadre pas vraiment avec les récentes
trouvailles de Pedro. Elle tente une autre entrée. On la renvoie sur
des notions d'héraldique et de blasons. Plus plausible déjà. La
lettre qu'elle a lue à Pedro émanait bien d'une fille d'un milieu
plutôt aisé de prime abord. Pourquoi pas une famille noble dont le
blason comporterait un aigle. Sauf que, si elle se souvient bien,
l'auteur de la lettre parlait de démolir l'Aigle d'Argent et on ne
démolit pas un blason comme on démolirait un immeuble. Il faut
qu'elle en réfère à Pedro.
Celui-ci s'est installé derrière son piano. A la place des
partitions, il a aligné les quatre photos que Loulou a bien voulu
lui rétrocéder. Il a l'oeil qui pétille et le regard que devait
avoir Champollion quand il a réussi à déchiffrer les hiéroglyphes.
Les doigts de Pedro se mettent à courir sur le piano. Il joint la
chanson à la mélodie :
Le café oh oh
Le café ah ah
Café Nitahi, café Nitahi dont l'arôme est exquis...
Un tantinet vexée, Louise réplique vivement.
Il ne veut pas en dire davantage à Louise. Il a juste besoin qu'on
lui confirme ses premières impressions. Il sait bien que le café
NITAHI, il le voyait à l'épicerie de Limoges devant laquelle il
passait pour aller à l'école. Il a aussi reconnu le modèle de la
voiture aperçu sur les autres photos. Simca « Marly » à
plus d'un million de francs à l'époque. Ils n'étaient pas nombreux
à pouvoir se payer cette break qui pompait plus de 13 litres aux
cents. Quant à l'Aigle d'Argent, il est presque sûr maintenant
qu'il s'agissait d'un de ces immeubles en décrépitude démolis
quand il avait une vingtaine d'années dans le bas de la rue Vieille
des Carmélites. Au moins, Louise aura-t-elle du grain à moudre avec
cette nouvelle recherche et lui permettra-t-elle d'avancer à son
propre rythme pour comprendre ce qui peut bien se cacher derrière
ces photos volées à la barbe du temps.
Bien vu, car Louise est déjà à pianoter sur son clavier.
En ouvrant quelques archives, elle découvre l'histoire de l'hôtel
de l'Aigle d'Argent, « repaire de républicains » au XIXe
siècle, ayant hébergé un « banquet socialiste de femmes en
1849 », puis devenu insalubre un siècle plus tard selon le
rapport de l'architecte divisionnaire de la ville. Celui-ci n'hésite
pas à qualifier l'ensemble d'immeubles dangereux pour la sécurité
publique et pour celle des habitants, avec des installations
sanitaires indignes de l'époque.
Une situation qui n'avait pas empêché certains locataires de
prendre leur plume pour s'élever contre la démolition de l'Aigle
d'Argent. C'est bien la même crainte qui était exprimée dans le
post-scriptum de la lettre qui accompagnait les photos. Conclusion :
cette lettre était très probablement partie de Limoges, destinée à
quelqu'un qui connaissait bien Limoges et il est fort probable que
les photos aient elles-aussi été prises à Limoges.
|
mercredi 23 mars 2016
Idéaux hauts ou e-débats bas, chacun son combat !
Danser sur un volcan ou sous une boule à facettes...
| Pourvu qu'on danse !
Et dire qu'on nous a tellement reproché d'avoir voulu faire voler nos idéaux trop hauts, Et dire que les e-débats volent désormais parfois si bas ! A tout choisir, je préfère m'abstenir. Non, je ne sifflerai pas avec l'oiseau bleu. Je ne palabrerai pas avec les réseaux qui n'ont de zosieaux que la caquetage des gallinacés. Ami lecteur, je laisse à ta discrétion le choix d'apprécier ou de ne pas apprécier ces quelques vers à suivre. Vers à pied, vers solitaires ou vers demain... Pourvu que ce soient pas les derniers, tant ils résonnent dans l'actualité :
|
Par
la main tenant
- Et maintenant ?
Maintenant
que fanées fleurs des champs,
Maintenant
qu'asséchés les torrents,
Maintenant
que partis les enfants,
Maintenant
qu'emportés par le vent
Les
rires et les utopies d'antan,
Combien
te restera-t-il de temps ?
- Le temps n'est rien quand chaque lune est un délice,
Passent les saisons, toujours amours refleurissent.
Entends l'oiseau chanter, vois les fruits qui mûrissent,
Ouvre tes bras, bats-toi au bord du précipice !
D'ici ou d'ailleurs, rien ne vaut le sacrifice
D'une vie sur l'autel doré de l'injustice.
- Mais la peur ? Mais la douleur ? Infinie rancoeur !
Où donc es-tu ? Autour de toi le monde pleure,
Regarde-le, oublie les mots, oublie les fleurs !
Endolorie ta terre, mater dolorosa,
Ombres et lumières qu'une rafale arrosa.
Le ciel s'est obscurci, la fureur et le bruit,
Les aigles ne volent plus, partout les mots crient...
- Ne tremble pas mon fils, ta main j'ai tenue,
Moi aussi, les cris et la furie j'ai connu.
Comment vivre libre quand loups sont revenus ?
Ecoute les mots des géants ! Lis, jouis, vole
Si vite les années passent, le bonheur caracole.
Sème la vie pour les enfants de mes enfants,
Guide-les sur le chemin par la maint tenant !
Et un zeste de Pedro sous les poules à facette...
Aucun rapport avec Loulou de la Pousselisière. Juste un clin d'oeil àn Royal de Luxe dans les rues de Nantes en juin 2014.Suite des aventures de Loulou et Pedro contées dans mon précédent post :
Tel César ramenant à Rome le butin des Gaules, c'est en grand
triomphateur que Pedro pensait être reçu par son impératrice de la
Pousselisière. Celle qui lui était toujours apparue mi-ange
mi-démon, mi-fugue mi-raison. Celle qui ne s'en laissait jamais
conter mais sur qui il avait toujours su compter. C'est que le Pedro
et la Louise avaient su tisser leur toile hors des sentiers battus
des amours ordinaires. Faut croire que ce matin-là, Louisette avait
passé son humeur au papier de verre. « De l'abrasif à gros
grain », se dit Pedro en s'extirpant de son carrosse regorgeant
de ce que lui seul considérait comme des trésors.- Qu'est-ce que tu as fait comme connerie encore ?
Le ton de Louise ne laissait pas de place au doute. Pedro n'hésita
pas longtemps. Il eut la réplique acerbe et le verbe cinglant :- Voilà notre Comtesse de la Pousselissière qui se prend pour la
Duchesse d'Edimbourg...- Je ne vois pas le rapport...- Edimbourg, l'Ecosse, le chardon. Oui ma Louisette, tu piques comme
du chardon !- Je pense que tu feras moins le fanfaron quand je t'aurai raconté
le coup de fil que je viens de recevoir...- Arrête, tu me fais peur !- Y a de quoi. Parce que je sais exactement d'où tu viens.
D'ailleurs on t'a vu. Et tu t'es mis dans un beau pétrin.
|
lundi 8 février 2016
Pedro ou le retour du Lune-Di
De gens, d'orme et sons à la Pousselisière
| Saint Bhâl, priez pour nous ! |
Pour m'aider à retrouver ma plume, j'ai convoqué les esprits de Pedro et de Louise à la Pousselisière. Je leur ai chanté ma petite sérénade :
Prête-moi ta plume mon ami Pedro...
Et en ce lundi venteux, je peux te l'annoncer ami lecteur, j'ai refermé le dernier chapitre de l'aventure que je vais commencer à te raconter aujourd'hui, mais dont tu ne connaîtras la suite que sur demande express dans ce blog. Eh oui, faut savoir se faire désirer. C'est ça l'amour !
And now, Ladies and Gentlemen, bonnes lectures :
L'été
ruisselait en rayons obliques sur les arbres de la Pousselisière.
Une fin de saison en lent déclin vers les grandes marées
d'équinoxe. Pedro retrouvait son quotidien : lever aux
premières lueurs du jour et coucher avant même que les ombres
n'aient eu le temps de s'étirer. Il ne s'appelait pas vraiment
Pedro. Un prénom d'emprunt pour coller une saveur exotique à ses
semelles usées. Alors, va pour Pedro. Usé, il l'était bien un peu
aussi. Trois quarts de siècle et des poussières. « Mais il
vient un temps où chaque grain de poussière devient un rocher de
plus à faire rouler devant soi. » C'est qu'il avait des
lectures, le Pedro. Le corps frêle mais des connections intactes
sous le capot.
Quand
il avait annoncé à sa Dulcinée, la vaillante Louise de la
Pousselisière, qu'il allait planter une rangée de six ifs sur la
partie haute du domaine, elle avait cru à une nouvelle lubie de son
hidalgo du Pays des Achards.
Lui, l'avait renvoyée à ses études en lui parlant du mythe de
Sisyphe. Ce à quoi Loulou, ou Louisette, selon l'humeur du moment,
avait rétorqué : « Si tu tenais du mythe, ça se
saurait. Toi, mon Pedro, je dirais plutôt l'ermite au logis. »
Référence directe à l'esprit casanier et un brin misanthrope de
celui qui avait su la conquérir par la finesse de son esprit et sa
« petite folie ».
aaa
Il suffisait de faire le tour de la Pousselisière pour s'apercevoir
que les graines de folie avaient bien germé et s'épanouissaient à
leur aise dans ce fabuleux jardin. Des miroirs suspendus renvoyaient
en lignes brisées les éléments d'un décor surréaliste où chaque
personnage de bric et de broc s'inscrivait dans un monde fantastique.
Du Pedro à l'état brut, métamorphosant sans sommation chaque rebut
de la société de consommation. De santé fragile, il souffrait
depuis toujours de la fièvre de la récupération. Terroriste
pacifique, il détournait les objets pour les ressusciter et leur
insuffler une âme.Et ce n'est pas après trois quarts de siècle
qu'on allait le changer !
Une fois, une seule, il avait failli s'en mordre les doigts. Sa
curiosité un peu trop exacerbée l'avait emmené sur une mer
démontée jusqu'aux îles du Cap-Vert. Faut dire que Loulou s'en
était mêlée et que, piqué dans sa fierté, il avait tenu à
dénouer les fils d'une énigme gravée sur la bande magnétique
d'une cassette audio hors d'âge. Mal lui en avait pris. Louise
l'avait devancé et avait réussi à lui faire accepter l'idée d'un
festival de musiques du monde sous ses fenêtres. Festival avorté,
mais qui lui avait malgré tout amené du bruit et de la fureur, deux
nuits sans sommeil, ou presque, et l'impression de s'être fait avoir
comme un débutant.
NON !
Il se l'était juré, se l'était promis, on ne l'y reprendrait plus
le Pedro. Ses questions, ses interrogations, ils les garderaient pour
lui tout seul. Tout ce qui,de près ou de loin, le ramenait à ces
souvenirs cuisants des Terres Rondes de Rondelande,
il l'avait remisé au fond d'un placard. Y compris les coupures de
presse qui en avaient fait écho et le Kodak Instamatic chargé que
le grand échalas de correspondant du Courrier Yonnais
avait cru de bon ton de lui laisser. Tout cela dormait dans un tiroir
et on n'entendrait plus jamais parler. Depuis deux ans, Pedro se
contentait de faire ses tournées matinales chez Fourny. C'est ainsi
qu'il parlait de ces lieux de dépôt sauvage où il allait glaner ce
dont des concitoyens au-dessus de tout soupçon se débarrassaient
sans barguigner.
« Une malédiction pour les écolos, une bénédiction pour
Pedro », sifflait-il entre ses dents ce matin d'octobre où un
imposant tas de déchets abandonnés à l'entrée d'un champ attira
son regard affûté. Pas de doute, son imagination fertile allait
pouvoir entrer en action. Petit « tour du propriétaire »
pour commencer, premier état des lieux pour cerner la qualité du
gisement. Quelques tasses et soucoupes vite embarquées. Un album
photo au cuir élimé ? Pourquoi pas ? Un carton de livres
et de dossiers. Toujours intéressant à éplucher. Et au milieu de
ce fatras, une armoire éventrée. C'est qu'il l'emmènerait bien
Pedro. Mais il lui faut reconnaître qu'avec son dos récalcitrant et
ses biceps de moineau, impossible de bouger la bête. Sortie de ses
gonds, la porte centrale de l'armoire dont le miroir miraculeusement
intact sembla lui faire de l'oeil. Pour cette fois-ci, il se
contentera de cette proie à sa portée. Encore fallait-il la hisser
sur le siège arrière de sa Mazda boueuse et éreintée.
La suite prochainement, ou pas, selon la demande...
Pour finir ce post, un mot de remerciement à René Egles, chantre de la culture alsacienne et troubadour bien connu de tous les défenseurs de la langue alsacienne, qui m'a adressé un très chaleureux commentaire après la lecture de Faux socle en trigone.
J’ai littéralement dévoré et
sincèrement apprécié votre livre ; il prend place avec
bonheur parmi ce que l’on appelle chez nous un alsatique – mot
qui n’existe qu’ici – Notre regretté Raymond Matzen aurait
apprécié. Il couvre une page dramatique de notre histoire que les
Hasseböeck se plaisent à ignorer. Un récit très émouvant ,
raconté de façon originale par trois personnages. A la fin de la
lecture je me suis dit qu’il pourrait faire l’objet d’un film,
une odyssée à travers les plaines d’Ukraine, en passant par la
Pologne, l’Allemagne, l’Alsace. D’autant plus émouvant que je
retrouve des lieux, des personnages que je connais à présent :
les tilleuls de Lautenbach sous lesquels j’ai chanté, ‘s
Senftgässel, de Strohbür, ‘s Hirteschangs (Hirdt), ‘s Lenze,
d’Hybrides, l’église, la rue Jacob (je suis cronenbourgeois)…
Bravo pour votre plume poétique et érudite, pour l’attachement à
votre Heimet.
René Egles dont voici l'adresse du site : http://eglesrene.free.fr/
mercredi 2 décembre 2015
Ombres et lumières sur la Terre ! Treize lunes et un mystère !
| Papier paru dans Ouest-France Nantes le mercredi 2 décembre 2015 |
| Papier paru dans Presse-Océan le mardi 1er décembre 2015 |
Matinée de dédicaces prévue le
Dimanche 6 décembre, de 10 h à 12 h 30, au Café de la Place du Vieux-Doulon, Nantes
Pour toi lecteur, un peu de lecture pour sortir de la torpeur et apporter une lueur d'espoir quand les ombres menacent la Terre :
Les
voleurs d'ombres
Tout
avait commencé une nuit sans lune. Sans lune et sans vent. Semblable
à tant d'autres nuits. Combien étaient-ils ? Des dizaines, des
centaines, des milliers ? Nul ne le sait. Nul ne l'a jamais su.
Toujours est-il que tout commença ainsi. Au matin, comme tous les
matins, Sully se leva la tête embrumée et les yeux dans le vague.
Encore une journée à arpenter le parc municipal. A réprimander les
garnements piétinant ses massifs de fleurs. A ramasser les déchets
abandonnés par les noctambules. Ce n'est pas qu'il s'ennuyait. Il y
avait bien pire comme métier. Il aurait pu se retrouver à serrer
des boulons dans une usine comme son cousin Aristide. Ou à décharger
des vraquiers de ciment comme Japhet et Samuel qui avaient fait la
route avec lui.
Lui
avait eu la chance de croiser le chemin du directeur des espaces
verts. C'est ainsi qu'il avait décroché ce poste de gardien de
square intérimaire et, par la même occasion, le logement de
fonction à l'entrée du parc. Double aubaine ! Il était mal
placé pour se plaindre. Il réajusta les boutons de son uniforme et
tourna le bouton de son transistor. La météo nationale prévoyait
une belle journée. Le soleil pointait ses premiers rayons par-dessus
le mur d'enceinte. La radio diffusait un vieux standard des Shadows
que vint interrompre un flash d'information. En temps ordinaire,
Sully ne prêtait guère d'attention à l'actualité quotidienne. Le
nom de sa ville, prononcé avec insistance par le journaliste, lui
fit dresser l'oreille. La dépêche d'une agence de presse annonçait
d'étranges phénomènes observés au cours de la nuit au-dessus de
Darktown où toutes les lumières s'étaient éteintes simultanément,
sans qu'il n'y ait eu de coupure d'électricité. « Une énigme
pour les enquêteurs déjà sur l'affaire. Aucune conséquence n'est
à signaler sur la population », concluait le commentateur.
Sully
se demanda à quoi bon donner ce genre d'information sans importance.
Il regarda sa montre et avala une dernière gorgée de café, désolé
de devoir couper le Wonderful
Land égrené
par la guitare de Hank Marvin. Dans le parc, il entama sa première
tournée matinale. Rien de particulier à signaler jusqu'au massif de
buddleia où il aimait à venir observer la danse des papillons quand
ses pensées vagabondaient. Une tache sombre au sol attira son
attention. Il pensa tout d'abord à un vêtement oublié par un de
ces fêtards qui venaient parfois finir ici une nuit trop arrosée.
En s'approchant, Sully se rendit compte qu'il n'en était rien. La
tache, pourtant bien visible sur les gravillons, n'avait aucune
consistance. Ce n'était qu'une forme. Une silhouette bien dessinée
de jeune filles aux formes avantageuses. Une ombre projetée au sol.
Le parc était pourtant bien désert à cette heure matinale.
***
Pendant que Sully arpentait les allées du parc
Manantena, les rues de Darktown sortaient de leur torpeur d'une nuit
d'été. Tout le monde ne parlait que de ça. Tout le monde en
parlait, mais ils n'étaient que peu à avoir observé le phénomène.
Seuls les insomniaques et les travailleurs de la nuit pouvaient en
témoigner. Ça n'avait duré que l'espace d'un quart d'heure et tout
était revenu à la normale. Il n'en demeurait pas moins un mystère.
Quand Tiavina, que ses collègues appelaient Tia par commodité,
arriva au studio de prise de vue, tout se passa comme d'habitude. On
la coiffa, on lui fit revêtir une large robe évasée et vaporeuse,
et elle s'installa sous les projecteurs. C'est à cet instant précis
que tout bascula.
MiK, le chef opérateur, fut le premier à s'en rendre
compte. Il avait beau forcer sur l'intensité de la lumière. Aucune
ombre ne se projetait sur le fond de la scène. Les rayons lumineux
traversaient Tiavina comme si elle n'existait plus. Le phénomène se
reproduisit avec Kristina, puis avec Anissia. Les techniciens
défilèrent les uns après les autres devant les projecteurs. Tantôt
une ombre finement découpée se profilait sur le fond d'écran,
tantôt celui-ci gardait sa blancheur immaculée. La séance
plongeait les assistants dans un océan d'incompréhension. Que
fallait-il faire ? On changea les spots, on se déplaça dans un
studio voisin. Sans résultat. Le mystère restait entier. Il fallait
alerter les autorités locales. On amena des experts, les savants les
plus érudits du pays. Et bientôt, la rumeur se propagea : un
ou des voleurs d'ombre étaient à l'oeuvre.
Dans le parc Manantena, Sully était resté dubitatif
devant la silhouette allongée sous les buddleia. Il l'avait
observée, contemplée, admirée sous toutes les coutures. Il lui
trouvait une grâce et une légèreté envoûtante. Il se jura de
n'en parler à personne. Manquerait plus qu'il perde sa place. Ce
serait son secret à lui. Tout au long de la journée, l'ombre
n'avait pas bougé. La rumeur avait fini par franchir les grilles du
parc : « Méfiez-vous des gens sans ombre ! »
Des histoires de malédictions et d'ensorcellement, il en avait
entendu de toutes sortes au village quand il était enfant. Il
n'avait jamais su s'il fallait y croire ou pas. Le soir, après sa
dernière tournée d'inspection, il rentra chez lui et actionna la
serrure à double-tour. « On n'est jamais assez bien protégé »,
se dit-il, emmenant avec lui, dans ses rêves, l'ombre énigmatique
du parc.
***
L'affaire de Darktown prit bientôt une dimension
nationale. D'autant plus que le phénomène se reproduisait chaque
nuit. Les « sans ombre » n'osaient plus sortir de chez
eux par peur des regards suspicieux de leurs concitoyens. On les
fuyait, on les évitait, on les pourchassait même. Et chaque nuit,
de nouvelles ombres étaient volées sans que leur propriétaire ne
s'en rende compte. Ce n'est qu'au matin, au soleil levant, qu'il
remarquait qu'il était contaminé à son tour. Il s'empressait alors
de s'enfermer chez lui, se barricadant derrière les volets clos pour
vivre à l'obscurité. Les voleurs d'ombres continuaient à étendre
leurs tentacules.
Une nuit de pleine lune, malgré le couvre-feu, Sully
prit son courage à deux mains pour descendre dans le parc. Il
voulait s'assurer que la silhouette de sa « bien-aimée »
était toujours là. Une forme humaine s'agitait sous les buddleia.
Sully se tapit derrière le tronc d'un séquoïa centenaire et
observa la scène. Une jeune fille était affairée à gratter le
sol. Elle ne le vit pas arriver et resta figée de stupeur quand il
l'interpella :
- Vous cherchez quelque chose Mademoiselle ?
- Mon ombre ! Elle est là, je le sais !!!
Dans ses yeux éclairés par un rayon de lune, Sully
vit l'effroi et la peur. Il se voulut rassurant :
- Je veux bien vous aider. Dites-moi seulement votre nom.
- Tiavina. Je m'appelle Tiavina. Vous n'avez pas peur ? Tout le monde a peur des gens comme moi.
- Moi non. Je vous connais depuis la première nuit.
- Vous étiez là quand Ils m'ont volé mon ombre et vous n'avez rien fait ?
- Ils ?
- Les voleurs d'ombres. Quand leur butin sera suffisant, ils en recouvriront la Terre et cacheront le Soleil à jamais.
- Comment sais-tu tout ça ?
- Depuis qu'ils ont commencé leur œuvre, ils me tourmentent toutes les nuits. Ils prétendent que dans leur fuite, avant le lever du jour, un des leurs a perdu mon ombre au-dessus de la Ville. Que s'ils ne la retrouvent pas, ils ne me lâcheront plus et...
- Et ?
- Il faudra que je devienne une des leurs. Je ne veux pas devenir une ombre fuyante.
Sully se gratta la tête. L'affaire lui parut plus
grave et plus complexe qu'il ne l'imaginait. Il prit la main de
Tiavina et lui déclara solennellement :
- Je veux bien vous aider, mais il faut que nous trouvions le moyen de les arrêter. La première chose à faire est de redonner de l'espoir à tous les habitants de Darktown.
- Impensable. Ce sont les Maîtres de la Nuit. Quand Ils auront assez d'ombres pour éteindre la lumière du Soleil, Ils auront gagné.
Sully regarda Tia. Derrière son visage épouvanté, il
devina celui qu'il avait attribué à la silhouette de sa
« bien-aimée ». Pour elle, il se sentait prêt à
affronter les plus sombres démons. La présence de Tiavina lui
enlevait toute angoisse.
- Dès demain, si vous l'acceptez, nous sortirons dans les rues de la ville, main dans la main, pour montrer qu'avec ou sans ombre, nous pouvons affronter la peur en nous rassemblant, lui proposa-t-il.
Au début, leur démarche ne se heurta qu'à des
regards réprobateurs. Pensez-donc, un gardien de square venu
d'ailleurs et une « sans-ombre » déambulant dans la rue.
Pas de quoi altérer la détermination de Sully. Dans les yeux de
Tiavina perçait maintenant une pointe d'admiration pour son sauveur.
Celui-ci se mit à haranguer la foule.
- Sortez de vos caves et de vos maisons ! Levons-nous ensemble pour aller récupérer nos ombres.
Les portes s'ouvrirent timidement. La foule commença à
se masser autour de Sully et de Tiavina. Quand le soleil disparut
derrière la tour du Couchant, la peur avait laissé la place à
l'espoir. Cette nuit-là, les Maîtres de la Nuit effectuèrent leur
dernière razzia. Au matin, le Soleil ne se leva pas comme
d'habitude. Et pour cause ! Les voleurs avaient tissé leur ciel
d'ombres et, sûrs de leur fait, s'apprêtaient à fêter leur
victoire dans les rues de la Ville. A l'instant précis où Sully
l'avait prévu, un rayon de Soleil déchira le voile opaque. Une
tache lumineuse aux formes de sa « bien-aimée » se
dessina au sol. Les voleurs d'ombres essayèrent bien de se réfugier
dans les recoins les plus sombres, mais la lumière les rattrapait et
les terrassait un à un. Ainsi Sully avait réussi à vaincre les
démons de la nuit en remplaçant l'ombre de sa bien-aimée par un
souffle de vent. L'espoir avait définitivement changé de camp.
Tiavina empoigna la main de Sully et l'entraîna sous
les buddleia du parc Manantena, laissant les habitants de Darktown se
débrouiller pour récupérer leurs ombres. Si d'aventure, vous en
croisez un dont l'ombre vous paraît suspecte, n'ayez pas peur, ce
n'est pas l'ombre qui fait l'Homme, c'est la lumière !
Inscription à :
Articles (Atom)
